Le sentiment d’avoir été trahi, la peur de trahir émergent souvent au cours des thérapies. La trahison est omniprésente dans l’histoire des individus, comme dans celle de l’humanité. Elle apparaît comme une des plus fidèles compagnes de l’homme, ce qui est tout de même un comble pour cette adepte de l’infidélité.
Subie ou agie, avouée ou déniée, elle constitue une des expériences au monde les mieux partagées. Nul n’y échappe, ni la famille, ni la fratrie, ni le couple. On se trahit entre amis, entre collègues, entre Etats.

Pire encore, elle est là quoiqu’on fasse, ou qu’on ne fasse pas, quoiqu’on dise ou qu’on taise, elle est là dans nos mots, dans notre mémoire, dans notre corps. Bien souvent, on se trahit soi-même avant de trahir les autres. Le traître n’a quelque fois même pas le sentiment de trahir. C’est bien cette trahison agie à notre insu, malgré soi qui nous intéresse le plus, car c’est celle que l’on rencontre le plus souvent dans les familles. Et pourtant, la trahison avance masquée derrière des non dits étonnants. Elle se drape derrière des silences sournois.

Pourquoi est-ce si difficile de la prendre en compte ? Finalement, ne trahissons nous pas quelque chose de l’humain quand nous ne voulons pas reconnaître cette part inéluctable du mal. La trahison n’est pas comme on a voulu nous le faire croire l’apanage des immoraux, des malades, elle n’est pas un accident de la relation. Elle fait partie intégrante de notre subjectivité, de nos liens, de l’inter-subjectivité. Les trahisons subies, sont douloureuses, on ne peut le nier. Elles constituent une menace existentielle, une blessure narcissique, elles fragilisent la sécurité affective.

Bien souvent, le terme de trahison à lui seul fait peur, il exerce comme une sidération. Le mot a une valeur à la fois déclarative et conclusive. « Il-elle m’a trahi(e) »- En lâchant cet aveu, tout semble dit, ce qui est une manière de ne rien dire du tout. La parole s‘arrête comme suspendue. C’est « la chose immonde »,et est d’autant plus dévastatrice qu’elle demeure hermétique comme un bloc impénétrable. La charge morale lourdement attachée à ce concept inhibe, et empêche toute analyse critique.

Or, plus on maintient la trahison sur le registre de l’in-concevable, de l’ir- représentable, de l’in-nommable, plus on risque d’en renforcer le versant destructeur. Pour mobiliser les forces de rebond, il importe d’y mettre les mots justes. Bien sur, les trahisons ferment quelque chose, clôturent un temps révolu de manière violente, brutale, brûlante, mais elles peuvent aussi bien être engendrement, nouveau départ. Car oui, après la trahison, il peut y avoir une Re-naissance possible, voire un véritable accomplissement de soi. Plus on se familiarisera avec ce processus, plus on pourra en faire advenir les forces émergentes.

La trahison nous met face à la responsabilité incessible, irrémissible qui nous lie aux autres, parce qu’elle révèle les conséquences imprévisibles de nos actes, bien au-delà de nos intentions et dont nous avons à répondre, Judas ne devait pas se douter que son acte aurait des conséquences sur tant de générations. Se rendre compte que l’on a trahi, cela nous renvoie à cet engagement éthique qui nous déborde de toute part, au-delà même de nos projets, de nos désirs. Il y a toujours un au-delà de nos gestes, de nos paroles, que nous ne pouvons maîtriser et pourtant dont nous sommes responsables.

Le sentiment de trahison peut alors marquer la fin brutale d’une nostalgie, celle d’un lien avec un idéal passé. Dans la nostalgie, comme dans la trahison, la douleur domine. Dans la nostalgie, c’est une douleur lancinante, qui s’étire dans le temps en le rendant intemporel. Elle est insidieuse et silencieuse, et, en s’infiltrant dans les fissures du narcissisme, elle en révèle en même temps la profondeur. Dans la trahison, tant du côté de celui qui trahit que de celui qui est trahi, c’est une douleur par effraction. Elle est violente, bruyante et inattendue. C’est celle du coup de poignard dans le dos.

 

Sources : Nicole Prieur. Françoise Seulin.

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